Private Equity

RVPI en Private Equity : comprendre la valeur résiduelle de vos fonds

Le RVPI mesure ce que le fonds détient encore en portefeuille, pas ce qu’il vous a distribué. Formule, haircut prudentiel, décotes secondaires et cas pratiques pour distinguer la promesse du résultat.

📋 Sommaire

⚡ Les points essentiels

  • Le RVPI rapporte la NAV résiduelle au capital appelé : un ratio de 1,4x signifie 1,40 EUR de valeur estimée (non encaissée) par euro versé
  • Les investisseurs institutionnels appliquent un haircut de 30 à 40 % sur la valeur résiduelle pour estimer les distributions réelles
  • Le taux de distribution a chuté de 25 % à 9 % du NAV entre la période pré-pandémie et 2024 (Goldman Sachs AM)
  • Sur le marché secondaire, le buyout se négocie à 94 % du NAV contre 78 % pour le VC : la fiabilité du RVPI varie fortement selon la stratégie

Les fonds de private equity mondiaux portent 3 800 milliards de dollars de valeur non réalisée, répartis sur 32 000 sociétés en portefeuille [1]. Sur le marché français, la valeur résiduelle représente plus des deux tiers du TVPI sur cinq ans [2]. Mais quelle part de cette valeur sera réellement distribuée aux investisseurs ?

Le RVPI (Residual Value to Paid-In) répond à cette question en mesurant ce que le fonds détient encore en portefeuille, rapporté au capital que vous avez versé. Cet indicateur occupe une place centrale dans vos reportings trimestriels. Le comprendre, c’est distinguer la promesse du résultat.

🎯 Définition et formule du RVPI

Le RVPI, un ratio entre valeur résiduelle et capital appelé

Le RVPI (Residual Value to Paid-In) mesure la valeur latente d’un fonds de private equity. Il rapporte la NAV résiduelle du fonds au capital appelé (paid-in capital) auprès des investisseurs.

📊 Formule du RVPI

Numérateur NAV résiduelle du fonds
Dénominateur Capital appelé (Paid-In Capital)
RVPI
NAV résiduelle / Capital appelé

La NAV résiduelle correspond à la valeur estimée des participations encore détenues par le fonds à une date donnée. Le capital appelé est le montant que vous avez effectivement versé au fonds, et non votre engagement total.

Deux seuils servent de repères :

  • RVPI supérieur à 1,0x : le fonds porte plus de valeur non réalisée que de capital appelé. Le portefeuille s’est apprécié au-delà de l’investissement initial, du moins sur le papier.
  • RVPI inférieur à 1,0x : une partie du capital appelé n’est pas couverte par la NAV actuelle. Situation normale en tout début de vie (les frais de gestion pèsent avant que les investissements ne s’apprécient), mais signal d’alerte sur un fonds de plus de cinq ans.

Exemple chiffré : lire un RVPI de 1,4x

Prenons un fonds buyout de 200 millions d’euros. Après cinq ans d’activité, le gérant a appelé 50 millions d’euros auprès de ses souscripteurs. La NAV résiduelle estimée des participations en portefeuille s’élève à 70 millions d’euros.

📊 Calcul du RVPI sur un fonds buyout

NAV résiduelle estimée 70 M EUR
Capital appelé 50 M EUR
RVPI
1,4x

Pour chaque euro appelé, le fonds porte 1,40 EUR de valeur estimée non encore distribuée. Le terme clé est « estimée ». Ces 70 millions d’euros reposent sur des valorisations internes, pas sur des transactions de marché. La valeur réelle ne sera connue qu’au moment des cessions. Un acquéreur peut payer plus, ou nettement moins, que cette estimation.

⚙️ RVPI dans l’équation TVPI = DPI + RVPI

L’équation fondamentale de la performance en private equity relie trois métriques indissociables : le TVPI (Total Value to Paid-In) se décompose en DPI (Distributions to Paid-In) et RVPI. Le DPI capture ce qui a été encaissé. La valeur résiduelle mesure ce qui reste à encaisser.

Équation fondamentale : TVPI = DPI + RVPI. Un TVPI de 1,8x peut masquer des réalités très différentes : un fonds avec un DPI de 1,5x et une valeur résiduelle de 0,3x a déjà restitué l’essentiel. Un fonds avec un DPI de 0,2x et une valeur résiduelle de 1,6x affiche le même multiple, mais sa performance reste une promesse.

Phase Années RVPI DPI RVPI/TVPI Interprétation
Déploiement 1-3 ~TVPI ~0 ~100 % Normal, tout est non réalisé
Maturation 4-6 Pic puis déclin En hausse 60-80 % Premières sorties, transition
Récolte 7-10 Forte baisse Forte hausse 20-40 % Conversions actives RVPI vers DPI
Fin de vie 10-12+ Tend vers 0 ~TVPI < 10 % Tout est distribué ou amorti
Trajectoire RVPI vs DPI d’un fonds buyout sur 12 ans Courbe en cloche du RVPI qui culmine à 1,40x vers l’année 5 puis redescend, contre courbe monotone croissante du DPI qui atteint 1,75x à l’année 12. Le TVPI (somme des deux) s’établit autour de 1,75x en fin de vie. Trajectoire RVPI vs DPI sur un cycle de fonds buyout Multiples cumulés (x capital appelé), fonds mature 10-12 ans RVPI (valeur latente) DPI (distributions) Déploiement An 0-3 · appels Maturation An 3-6 · création valeur Récolte An 6-9 · cessions Fin de vie An 9-12 · liquidation 2,0x 1,5x 1,0x 0,5x 0,0x 1,0x An 0 2 4 5 7 9 11 An 12 Pic RVPI 1,40x Bascule récolte Haircut typique 30-40 % sur la valeur latente entre pic et cessions TVPI 1,75x DPI 1,75x · RVPI ≈ 0 Multiple cumulé (x capital appelé) Années depuis le 1er appel de fonds Schéma indicatif construit à partir de plusieurs sources : · Trajectoire RVPI/DPI : France Invest / EY, courbe de vie fonds PE (juillet 2025) · Haircut 30-40 % : Goldman Sachs AM / Jefferies, étude valorisation secondaire (2024) Trajectoire RVPI vs DPI d’un fonds buyout sur 12 ans (mobile) Courbe en cloche du RVPI qui culmine à 1,40x vers l’année 5 puis redescend, contre courbe monotone du DPI qui atteint 1,75x à l’année 12. Trajectoire RVPI vs DPI sur 12 ans Multiples cumulés, fonds buyout mature RVPI DPI Déploiement Maturation Récolte Fin de vie 2,0x 1,5x 1,0x 0,5x 0,0x An 0 3 5 7 9 An 12 Pic 1,40x Haircut 30-40 % pic → cessions TVPI 1,75x An 12 · DPI seul Années depuis le 1er appel de fonds Schéma indicatif. Sources : France Invest / EY · Goldman Sachs AM · Jefferies (2024-2025)
Schéma pédagogique : la trajectoire RVPI/DPI varie selon stratégie (buyout / VC / infra), millésime et qualité du GP. Les cas individuels peuvent dévier fortement.

⚠️ Seuil d’alerte pour les LP

Quand la valeur résiduelle représente plus de 70 % du TVPI total au-delà de la sixième année, les investisseurs institutionnels scrutent les valorisations sous-jacentes.

Les données France Invest / EY 2025 illustrent cette dynamique sur le marché français : sur la fenêtre de cinq ans (fin 2019 à fin 2024), le capital-investissement affiche une valeur résiduelle de 0,90x pour un DPI de 0,40x [2]. La part non réalisée constitue donc plus des deux tiers du TVPI total. Depuis la création des fonds, le DPI tous fonds confondus s’établit à 0,74x pour un TVPI de 1,49x : à peine la moitié de la performance affichée correspond à du cash restitué aux souscripteurs.

📊 Comment le RVPI évolue au fil de la vie d’un fonds

Les quatre phases du RVPI

Ce ratio suit une trajectoire prévisible, intimement liée à la courbe en J qui caractérise le cycle de vie d’un fonds de private equity.

Phase 1 (années 1-3) : la valeur résiduelle égale le TVPI. Le fonds déploie son capital dans ses premières participations. Aucune distribution n’a lieu (DPI = 0). La totalité de la performance affichée est non réalisée. Un ratio inférieur à 1,0x est fréquent en année 1-2, car les frais de gestion (1,5 à 2 % par an) pèsent avant que les investissements ne commencent à s’apprécier.

Phase 2 (années 4-6) : la valeur résiduelle atteint son pic puis amorce sa décrue. Les premières cessions génèrent des distributions. Le DPI commence à augmenter et le ratio entame son déclin. C’est la phase de transition où la part non réalisée du TVPI passe de 100 % à 60-80 %.

Phase 3 (années 7-10) : la valeur résiduelle chute fortement. La période de récolte bat son plein. Les sorties se multiplient (M&A, introduction en bourse, vente à un autre fonds), convertissant massivement le non-réalisé en distributions concrètes.

Phase 4 (années 10-12+) : le ratio tend vers zéro. Tout est distribué ou amorti. Les « queuing tails » résiduels (participations restantes) sont souvent des actifs difficiles à céder. Sur un fonds sain, la valeur résiduelle finale est négligeable. Si elle reste significative, c’est un signal de problème.

Pourquoi comparer des RVPI de millésimes différents n’a pas de sens

Un ratio de 1,5x en année 3 et un ratio de 1,5x en année 8 n’ont strictement rien de comparable.

💡

Même RVPI, deux réalités opposées

En année 3, une valeur résiduelle de 1,5x est un signal positif. Le fonds a déployé son capital et les participations affichent déjà une plus-value latente de 50 % par rapport au capital appelé. Le gérant est dans les temps.

En année 8, une valeur résiduelle de 1,5x est un signal préoccupant. Le fonds devrait avoir distribué une part significative de sa performance. Un ratio encore élevé suggère des sorties retardées, des valorisations potentiellement gonflées, ou un fonds qui peine à liquider ses positions.

🎯 Règle : toujours comparer la valeur résiduelle par cohorte de millésime et par stratégie.

⚠️ Les limites du RVPI : pourquoi la promesse n’est pas le résultat

1. La subjectivité des NAV

La NAV au numérateur du RVPI est une estimation, pas un prix de marché. Les gérants évaluent leurs participations selon plusieurs méthodes : comparables boursiers, actualisation des flux de trésorerie (DCF), ou mark-to-model pour les actifs sans transaction récente. La NAV repose donc sur des hypothèses, et ces hypothèses ne sont pas toujours ajustées à la baisse quand le marché se retourne.

🔥 IPEV Guidelines 2025 (en vigueur Q2 2026)

Les nouvelles IPEV Guidelines imposent une calibration trimestrielle récurrente et intègrent une guidance explicite sur l’intelligence artificielle : un modèle de valorisation automatisé ne peut pas se substituer au jugement professionnel humain [5]. L’analyse KPMG résume la philosophie de cette mise à jour : les principes restent inchangés, mais les attentes de rigueur sont nettement rehaussées [6].

L’ampleur du problème est considérable. Bain & Company estime que 3 800 milliards de dollars de valeur non réalisée sont portés par 32 000 sociétés en portefeuille dans le monde [1]. Chaque dollar de ce stock est une estimation, pas un prix de marché. Et les durées de détention s’allongent : environ 7 ans en moyenne contre 5-6 ans sur la période 2010-2021, avec près de 40 % des sociétés détenues depuis plus de cinq ans.

2. Le haircut 30-40 % : combien du RVPI se convertit réellement en DPI ?

Les investisseurs institutionnels ne prennent pas les ratios reportés au pied de la lettre. Dans leur modélisation interne, ils appliquent couramment une décote de 30 à 40 % sur la valeur résiduelle pour estimer les distributions futures. Cette pratique prudentielle repose sur un constat empirique : la valeur estimée et la valeur distribuée sont deux choses différentes.

📊 Chute du taux de distribution (% du NAV)

Pré-pandémie (moyenne) 25 %
2021 (pic exceptionnel) 29 %
2022 12 %
2023 10 %
H1 2024
9 %

Cette trajectoire baissière continue suggère un phénomène structurel, pas un simple ralentissement cyclique [3]. Le TVPI global reste en ligne avec les normes historiques : la performance affichée par les fonds est soutenue par de la valeur résiduelle (non réalisée), pas par du DPI (réellement distribué).

Approche prudentielle LP : appliquer une décote de 30 à 40 % sur la valeur résiduelle pour estimer le DPI futur. Un RVPI de 2,0x se traduirait par environ 1,2 à 1,4x de distributions réelles.

💡

L’avis de l’expert

Quand ce ratio apparaît dans un reporting trimestriel, la première question à poser n’est pas « combien vaut le fonds ? » mais « combien le fonds va-t-il réellement distribuer ? ». Un RVPI de 1,5x ne signifie pas que vous allez recevoir 1,5 fois votre mise. En appliquant un haircut prudentiel de 30 à 40 %, vous obtenez une estimation plus réaliste du retour.

🎯 Cette approche n’est pas pessimiste : elle est celle des grands investisseurs institutionnels qui savent que la valeur estimée et la valeur distribuée sont deux choses différentes.

3. Les fonds zombies : un RVPI qui ne se convertira jamais

Les fonds zombies désignent des véhicules âgés (12 à 15 ans et au-delà) qui continuent d’afficher une NAV significative mais distribuent peu de capital à leurs souscripteurs. Plus de 40 % des LP rapportent une exposition à au moins un fonds zombie [7].

Le phénomène s’aggrave. Le NAV médian des fonds buyout en fin de vie atteint désormais environ 25 % du capital engagé, contre des niveaux historiques dans les mid-to-low teens (12-15 %) sur la période 2016-2021. Pour le venture capital, ce NAV médian grimpe à près de 30 % du capital engagé [7].

⚠️ Signal d’alerte : RVPI élevé en fin de vie

Cette hausse de la valeur résiduelle en fin de vie n’est pas un signe de performance. Elle reflète la baisse record des taux de distribution.

  • Les gérants maintiennent des valorisations sur des actifs qu’ils ne parviennent pas à vendre
  • Le ratio est gonflé artificiellement, sans perspective de conversion en DPI
  • Plus de la moitié des fonds âgés détiennent des NAV dépassant 20 % du capital engagé en 2024

4. Le test de réalité du marché secondaire

Le marché du private equity secondaire offre le seul mécanisme de price discovery pour la valeur résiduelle. Quand un investisseur vend sa participation sur le secondaire, le prix payé par l’acheteur révèle ce que le marché estime réellement de la NAV déclarée par le gérant.

Les données Jefferies H1 2025 montrent des décotes très contrastées selon les stratégies [4] :

Stratégie Prix secondaire (% NAV) Décote implicite Ce que cela révèle
Buyout 94 % 6 % NAV fiable, RVPI crédible
Infrastructure 92-94 % 6-8 % NAV fiable, forte demande
All strategies (LP) 89 % 11 % Décote modérée, attention au mix
Private Credit 85 %+ ~15 % NAV à vérifier
Venture Capital (H1 2025) 78 % 22 % Remontée, mais écart persistant
Real Estate 74 % 26 % Ajustement en cours (bureau, commerce)

Nuance sur le venture capital : la fourchette de 40 à 60 % de décote souvent citée correspond aux millésimes pré-2020 et aux fonds tail-end (plus de dix ans d’âge). En H1 2025, le VC se négocie à 78 % du NAV en moyenne, porté par la demande pour les fonds exposés à l’intelligence artificielle [4]. Les fonds tail-end en revanche restent lourdement décotés.

🔥 Record 2025 : 240 Md$ de volume secondaire

Le marché secondaire a atteint 240 milliards de dollars en 2025, en hausse de 48 % par rapport à 2024 [4]. Les continuation vehicles représentent 115 milliards de dollars de ce total, soit 48 % [8]. Ces véhicules permettent aux gérants de transférer des actifs dans une nouvelle structure, offrant de la liquidité aux LP existants.

💰 Utiliser le RVPI dans vos décisions d’investissement

Checklist : 5 réflexes pour évaluer un RVPI

1. Situer le fonds dans son cycle de vie. Une valeur résiduelle élevée en année 2 est normale. Un RVPI élevé en année 8 mérite investigation. Identifiez la phase du fonds (déploiement, maturation, récolte, fin de vie) avant d’interpréter le chiffre.

2. Calculer le ratio RVPI/TVPI. Au-delà de 70 % après la sixième année, les investisseurs institutionnels examinent les valorisations de près. Ce quotient est un indicateur simple de la part de la performance qui reste non réalisée.

3. Appliquer un haircut prudentiel de 30 à 40 % pour estimer le DPI futur. Multipliez la valeur résiduelle par 0,6 à 0,7 pour obtenir une estimation réaliste des distributions à venir. Cette fourchette intègre les décotes secondaires observées, la baisse des taux de distribution et les risques de surévaluation des NAV.

4. Comparer par cohorte de millésime et de stratégie. La valeur résiduelle d’un buyout millésime 2020 se compare aux autres buyouts millésime 2020 (consultez les benchmarks sectoriels). Croiser des millésimes ou des stratégies différentes conduit à des conclusions erronées.

5. Challenger la méthodologie de valorisation. Demandez au gérant quelle méthode il utilise (comparables, DCF, mark-to-model), à quelle fréquence les valorisations sont réexaminées, et si un auditeur externe intervient. Les standards ILPA mis à jour en janvier 2025 (implémentation Q1 2026) renforcent les exigences de transparence [9]. Une due diligence approfondie de la politique de valorisation est un prérequis avant tout engagement.

Cas pratique Sophie : première allocation PE

💡

Situation type : premier reporting d’un FPCI buyout

Profil : Sophie, 41 ans, DRH cadre dirigeante, patrimoine de 2,2 millions d’euros
Véhicule : FPCI buyout millésime 2023, ticket de 150 000 EUR
Reporting : TVPI 1,15x, DPI 0,0x, RVPI 1,15x

La situation est parfaitement normale. En année 2 d’un fonds buyout, la quasi-totalité du TVPI est constituée de RVPI. Le DPI à zéro est typique de cette phase. Le RVPI de 1,15x indique que la NAV estimée des participations dépasse le capital appelé de 15 %, un signal positif à ce stade. Mais ces 15 % de plus-value sont estimés, pas réalisés.

🎯 Ce que Sophie devrait faire : suivre le ratio RVPI/TVPI trimestre par trimestre. Pour estimer prudemment son retour final, appliquer un haircut de 30 % sur le RVPI futur. Un RVPI de 1,15x en année 2 est sur les rails du cycle normal d’un fonds buyout.

* Hypothèse de modélisation simplifiée qui reflète une performance nette des frais du fonds (frais de gestion et carried interest), mais brute de toute fiscalité propre à l’investisseur.

Cas pratique Laurent : programme multi-millésimes via holding

💡

Situation type : RVPI/TVPI au-dessus du seuil d’alerte

Profil : Laurent, 54 ans, entrepreneur post-cession, patrimoine de 8 millions d’euros
Allocation PE : 2,5 millions d’euros, 4 fonds via holding 150-0 B ter
Fonds 2019 : TVPI 1,65x, DPI 0,35x, RVPI 1,30x (année 7, ratio RVPI/TVPI = 79 %)
Fonds 2017 : TVPI 1,85x, DPI 1,50x, RVPI 0,35x (année 9, phase de récolte normale)

Le fonds 2019 est préoccupant : le RVPI représente 79 % du TVPI, bien au-dessus du seuil de 70 %. Laurent doit challenger la NAV, appliquer un haircut de 40 % (RVPI 1,30x x 0,6 = 0,78x de DPI additionnel, soit un DPI total estimé à 1,13x) et évaluer les options de liquidité.

🎯 Estimation prudente : retour final de 1,13x à 1,35x pour le fonds 2019 (contre 1,65x affiché). Sur le secondaire buyout, la position se négocierait autour de 94 % du NAV.

* Hypothèse de modélisation simplifiée qui reflète une performance nette des frais du fonds (frais de gestion et carried interest), mais brute de toute fiscalité propre à l’investisseur.

Le piège du fonds zombie à RVPI rassurant

💡

Situation type : fonds venture millésime 2013, année 13

Reporting : TVPI 1,40x, DPI 0,60x, RVPI 0,80x. Le NAV résiduel représente 57 % du TVPI. Seulement 15 % de la NAV distribué sur les trois derniers exercices.

Ce fonds présente tous les signaux d’un fonds zombie. Après 13 ans, le RVPI devrait tendre vers zéro. Le DPI de 0,60x signifie que l’investisseur n’a récupéré que 60 % de son capital appelé. Le RVPI de 0,80x repose sur des participations probablement survalorisées.

Calcul du retour réaliste : sur le marché secondaire, les fonds VC tail-end subissent des décotes de 40 à 60 %. En appliquant une décote médiane de 50 %, la valeur réelle du RVPI tombe à 0,40x. Retour total estimé : 0,60x + 0,40x = 1,00x. Le capital est à peine récupéré.

🎯 Leçon : une valeur résiduelle élevée en fin de vie d’un fonds n’est pas un signe de performance mais un signal de problème de liquidité.

📌 Points clés à retenir

Le RVPI mesure la promesse de valeur d’un fonds PE, pas le résultat. Seul le DPI reflète le cash effectivement restitué. L’équation TVPI = DPI + RVPI est le premier réflexe à adopter devant tout reporting. La sécheresse des distributions (de 25 % à 9 % du NAV) rend cette analyse plus critique que jamais.

  • Haircut prudentiel de 30 à 40 % sur la valeur résiduelle pour estimer les distributions futures
  • Le marché secondaire est le seul test de réalité : décotes de 6 % (buyout) à 22 % (VC) en H1 2025
  • Comparez toujours par millésime et par stratégie : un ratio isolé de son contexte n’a aucune valeur analytique
  • IPEV 2025 en vigueur Q2 2026 : la rigueur sur les NAV se renforce, le RVPI devrait devenir plus fiable à terme

⚠️ Avertissement légal

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les exemples chiffrés sont donnés à titre illustratif et ne constituent pas une promesse de résultat. Consultez votre conseiller en gestion de patrimoine pour une analyse personnalisée.

📎 Sources

  1. [1] Bain & Company, Global Private Equity Report 2026, données 2025 : 3 800 Md$ de valeur non réalisée, 32 000 sociétés en portefeuille (février 2026). bain.com
  2. [2] France Invest / EY, Performance nette des acteurs français du capital-investissement, 31e édition, données à fin 2024 : RVPI 0,90x, DPI 0,40x sur 5 ans, TRI net 10 ans 12,4 %, 1 262 fonds matures (juillet 2025). franceinvest.eu
  3. [3] Goldman Sachs Asset Management, Distribution Drought: The Quest for Liquidity in Private Markets, distribution yield de 25 % du NAV (pré-pandémie) à 9 % (H1 2024) (octobre 2024). am.gs.com
  4. [4] Jefferies, Global Secondary Market Review, H1 2025 et FY 2025 : décotes par stratégie, volume 240 Md$ en 2025, buyout 94 % NAV, VC 78 % NAV (juillet 2025 et janvier 2026). jefferies.com
  5. [5] IPEV Board, International Private Equity and Venture Capital Valuation Guidelines, édition décembre 2025, en vigueur Q2 2026 : calibration trimestrielle, guidance IA, instruments hybrides. privateequityvaluation.com
  6. [6] KPMG, IPEV 2025 Guidelines Update, analyse des changements (janvier 2026). kpmg.com
  7. [7] MSCI Research, Night of the Living Fund: The Rise of Zombie Private Equity, 40 % des LP exposés, NAV médian fin de vie buyout ~25 %, VC ~30 % du capital engagé. msci.com
  8. [8] CAIA Association, The Continuation Vehicle Boom: Structural Shift or Liquidity Patch?, volume GP-led 115 Md$ en 2025, 48 % du total secondaire (février 2026). caia.org
  9. [9] ILPA, Updated Reporting Template, mis à jour janvier 2025, implémentation Q1 2026, reporting trimestriel 60 jours, politique de valorisation transparente. ilpa.org

🤔 FAQ Détaillée

Les réponses aux questions les plus fréquentes sur le RVPI en private equity

Un RVPI inférieur à 1,0x signifie-t-il une perte en capital ?

Pas nécessairement. Une valeur résiduelle inférieure à 1,0x en année 1-2 est normale : les frais de gestion et de mise en place pèsent avant que les investissements ne s’apprécient. Vérifiez toujours le TVPI complet (DPI + RVPI). Si le DPI est déjà à 0,8x et le RVPI à 0,7x, le TVPI total est de 1,5x, soit une excellente performance. Ce ratio seul ne suffit jamais à évaluer un fonds.

💡 À retenir : Toujours regarder le TVPI complet (DPI + RVPI) avant de conclure. Le RVPI isolé ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Les nouvelles IPEV Guidelines 2025 vont-elles changer le calcul du RVPI ?

La formule du RVPI elle-même ne change pas. En revanche, les IPEV 2025 (en vigueur depuis le deuxième trimestre 2026) renforcent significativement la rigueur avec laquelle la NAV au numérateur est calculée [5]. La calibration devient une discipline trimestrielle récurrente, pas un exercice ponctuel. Les modèles automatisés (IA) doivent rester sous contrôle humain. De nouvelles sections couvrent les instruments hybrides (venture debt, SAFEs, convertibles) et les structures de capital complexes.

💡 À retenir : Les IPEV 2025 ne changent pas la formule, mais devraient réduire l’écart entre NAV déclarée et fair value réelle, rendant le RVPI progressivement plus fiable.

Peut-on vendre un fonds avec un RVPI élevé sur le marché secondaire ?

Oui, le marché du private equity secondaire a atteint 240 milliards de dollars en 2025. Le prix dépend de la stratégie et du millésime. Un fonds buyout récent se négocie autour de 92-94 % du NAV (décote modeste). Un fonds VC tail-end peut subir une décote de 40 à 60 %. Le secondaire permet de monétiser un RVPI élevé en échange d’une décote immédiate, ce qui peut être préférable à l’attente prolongée d’hypothétiques distributions sur un fonds en difficulté.

💡 À retenir : Le secondaire offre une porte de sortie, mais le prix sera inférieur à la NAV déclarée. Évaluez le coût de la décote par rapport au risque de blocage prolongé.

Pourquoi mon fonds affiche un bon TVPI mais un DPI faible ?

Parce que le TVPI est composé principalement de valeur résiduelle (RVPI), c’est-à-dire de valeur non réalisée. C’est la situation normale si votre fonds est en phase de déploiement (années 1-5) : le gérant investit dans des participations dont la valeur est estimée mais pas encore convertie en distributions. Surveillez le ratio RVPI/TVPI : s’il reste au-dessus de 70 % au-delà de l’année 6, posez des questions au gérant sur le calendrier de sorties prévu et la méthodologie de valorisation utilisée. La baisse historique du taux de distribution (de 25 % à 9 % du NAV) [3] signifie que cette situation touche davantage de fonds qu’auparavant.

💡 À retenir : Un TVPI élevé avec un DPI faible est normal en années 1-5. Au-delà de l’année 6, exigez des explications du gérant sur le calendrier de sorties.

Vous souhaitez analyser la valeur résiduelle de vos fonds PE ?

Échangez avec un spécialiste du private equity pour décrypter vos reportings et évaluer vos positions (sans engagement)

Échanger avec un expert 👉

Contenu à vocation pédagogique basé sur des données de marché 2024-2025. Les situations présentées sont représentatives mais ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un conseiller en gestion de patrimoine agréé.

Laisser un commentaire

Dernière mise à jour le : 20/04/2026 |