Santé américaine : ce que la chasse à la fraude change pour les fonds
L’essentiel en 30 secondes
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La fraude existe, mais elle est minuscule à l’échelle du secteur. 14,6 milliards de dollars pour l’opération record de 2025, face à 5 700 milliards de dépenses de santé estimées pour 2025. Elle se concentre sur quelques niches (notamment matériel médical, greffons de peau, hospice, soins à domicile, labos d’analyses), et l’essentiel des montants poursuivis en 2025 visait des réseaux criminels.
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Ce qui fait flipper le marché, ce n’est pas la fraude. Ce sont les dégâts collatéraux du contrôle. Paiements gelés le temps de l’enquête, y compris chez les honnêtes. Agréments et changements d’actionnaire bloqués. Salariés payés pour dénoncer. Et une responsabilité qui remonte jusqu’au fonds.
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Résultat : les fonds dédiés décrochent. Entre contrôle de la fraude, coupes de Medicaid et antitrust, les levées reculent de 60 % entre 2023 et 2025 (Buyouts). Sur les services de soins, PitchBook projette pour 2026 le plus faible nombre de transactions depuis 2017, et des sorties en recul de 26 %.
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Toute la santé est-elle logée à la même enseigne ? Non. Le repli se lit surtout dans les health services, et le contrôle fédéral vise d’abord ceux qui facturent Medicare ou Medicaid. Biopharma, medtech et logiciels de santé ont porté environ 145 milliards de dollars d’opérations en 2025, année record pour la santé (191 milliards, Bain), et l’IA y rebat les cartes, différemment selon le sous-secteur. Retenez juste ça : un secteur défensif ne fait pas un fonds défensif. Allez voir ce que fait vraiment le fonds dans lequel vous mettez les pieds.
Le contrôle ne frappe pas que les fraudeurs
Petit rappel pour ceux qui ne vivent pas dans le système américain. Là-bas, l’assurance santé des plus de 65 ans (Medicare) et des ménages modestes (Medicaid) est publique. Elle paie sur facture, directement ou via des assureurs privés. Plus de 2 000 milliards de dollars par an.
Les abus poursuivis en 2025 tiennent notamment en quatre familles : du matériel ou des soins jamais fournis (un seul réseau a réclamé 10,6 milliards de dollars de sondes au nom d’un million d’identités volées), des soins réels facturés très au-delà de leur valeur (des greffons de peau posés sans nécessité sur des patients en fin de vie), des patients recrutés contre commission pour des centres qui ne soignent pas, et des ordonnances d’opioïdes vendues.
Total de l’opération du 30 juin 2025 : 14,6 milliards. Plus du double du précédent record (Department of Justice).
Maintenant, remettez ça à l’échelle. La Cour des comptes fédérale (GAO) chiffre les paiements indus de Medicare et Medicaid, fraude et erreurs de dossier confondues, à 94 milliards de dollars. Soit environ 6 % selon CMS.
Et c’est ultra concentré. Les greffons de peau : 200 millions remboursés en 2019, 14,4 milliards en 2025, puis environ 100 millions sur les premiers mois de 2026, en partie parce qu’on a changé le tarif. Une clinique dentaire, un centre d’imagerie ou une maison de retraite bien tenus ne sont pas la cible.
Le vrai problème est ailleurs. Quand l’agence fédérale gèle les remboursements d’un établissement suspect, la trésorerie s’arrête le jour même. Honnête ou pas.
Au printemps, près de 800 hospices et agences de soins à domicile ont été suspendus rien que dans le comté de Los Angeles. D’après les professionnels du secteur, des opérateurs honnêtes ont fermé avec les autres.
Depuis mai 2026, l’agence n’accorde plus de nouvel agrément Medicare aux hospices et aux soins à domicile pendant six mois. Ni certains changements d’actionnaire majoritaire. Autrement dit : une partie des rachats est bloquée.
Ajoutez le False Claims Act, qui rémunère le salarié qui dénonce jusqu’à 30 % des sommes récupérées. Jacqueline Romero, ancienne procureure fédérale citée par Buyouts, le dit sans détour : « Vos employés ont toutes les preuves. Ils ont les e-mails, ils ont les procédures internes. »
Et ce risque ne s’arrête pas à la participation. Il remonte jusqu’au fonds, qui peut répondre des fausses factures de sa boîte. L’État a déjà repris à des investisseurs les dividendes d’un hôpital qui lui devait de l’argent.
Le pire, c’est que le plan de valeur type aggrave le truc. Vous coupez 10 % des effectifs soignants, et la documentation des actes se dégrade : ceux qui restent soignent au lieu de remplir des dossiers. Beaucoup de dossiers poursuivis pour surfacturation sont d’abord des dossiers mal tenus, soulignent des professionnels du secteur.
Le marché a compris. Sur les services de soins américains, PitchBook compte 17,8 milliards de dollars de transactions au premier semestre, quand une année moyenne en pesait 63 depuis 2018. Pour 2026 : le plus faible nombre d’opérations depuis 2017, des rachats de cabinets médicaux en recul de 46 %, des sorties en recul de 26 %. Au moins 25 États ont proposé ou adopté des lois pour encadrer ces transactions (Stateline). Le segment tourne au ralenti, même si PitchBook y attend un rebond.
Un secteur défensif ne fait pas un fonds défensif.
Ce que ça change pour vous
Rien là-dedans n’oblige à rayer la santé de vos allocations. Le vieillissement et la demande de soins ne se sont pas retournés du jour au lendemain. Et le repli se lit d’abord dans les services de soins américains.
Le reste du secteur passe largement entre les mailles du filet. Fabricants de dispositifs, laboratoires pharmaceutiques, éditeurs de logiciels : ils vendent à des hôpitaux, des assureurs ou des médecins. Personne ne peut geler leurs paiements par décision administrative.
Attention quand même, ils restent exposés au False Claims Act et aux lanceurs d’alerte. En 2010, le laboratoire Novartis a transigé pour 422 millions de dollars dans une affaire de promotion hors indication et de commissions versées à des médecins prescripteurs, rappelle Buyouts.
Sur ces métiers-là, le private equity a signé environ 145 milliards de dollars d’opérations en 2025. Sur un total santé de 191 milliards, un record mondial. Dont 80 milliards en biopharma (contre 55 en 2024) et 32 milliards en logiciels de santé, le double de 2024 (Bain, janvier 2026).
Parce que « la santé », ça ne veut rien dire. Ce sont plusieurs métiers, qui ne vivent pas du tout de la même chose.
Les services de soins vivent d’une main-d’œuvre et d’un payeur, public ou privé. Aux États-Unis, d’après CMS, les assureurs privés ont réglé près d’un tiers de la dépense de santé en 2024. Plus que Medicare. Donc pour un prestataire, l’exposition au contrôle fédéral dépend de la part de Medicare et de Medicaid dans son chiffre d’affaires. Dans ces services, l’IA joue des deux côtés : elle fait tourner les algorithmes de contrôle de Medicare, et elle équipe les plateformes qui facturent mieux avec moins de bras.
Les médicaments et les dispositifs, eux, dépendent de la recherche et des prix. L’IA y accélère la recherche.
Les éditeurs de logiciels, eux, vendent des licences. Et la « SaaSpocalypse » de février, cette correction née de l’idée que des agents d’IA allaient remplacer des licences facturées au poste, a freiné leurs transactions au premier semestre (Bain).
Le mot « santé » sur une plaquette ne vous dit pas quel métier vous achetez.
En France, c’est la même logique. La contrepartie d’une thèse santé, c’est le payeur. Le plus souvent public. Biologie médicale, imagerie, EHPAD : tarification administrée, et depuis 2023, baisses de tarifs ou tours de vis sur les contrôles.
Quatre questions à poser au gérant avant de signer
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Qui paie ? Quelle part du chiffre d’affaires dépend d’un payeur public, et comment le fonds a traversé la dernière révision tarifaire.
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Que fait le plan de valeur des effectifs soignants ? Une économie faite sur la documentation des actes, vous la retrouvez où dans cinq ans ? Dans les litiges.
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Où vont les alertes ? Un salarié sans canal interne crédible se tourne vers l’autorité. Qui, aux États-Unis, le paye pour ça.
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Que change l’IA dans la thèse ? Si la participation vend du travail administratif, le gérant doit vous dire ce qu’il en restera dans cinq ans.
Un track record ne répond à aucune de ces quatre questions. Dans un secteur administré, choisir le bon gérant compte plus que choisir le bon secteur.
Poser ces questions, fonds par fonds, c’est exactement notre métier chez Call Me Warren. Plus de 1 000 fonds déjà analysés, plus de 200 critères par analyse, moins de 5 % retenus. Une analyse indépendante, adossée à notre propre donnée. Et vous n’investissez qu’après.
📎 Sources
[1] Buyouts, Healthcare investing is in critical condition (8 sept. 2026). buyoutsinsider.com
[2] CMS, CMS Announces Aggressive Nationwide Crackdown on Fraud with Six-Month Hospice and Home Health Agency Enrollment Moratoria (13 mai 2026). cms.gov
[3] DOJ, National Health Care Fraud Takedown Results in 324 Defendants Charged in Connection with Over $14.6 Billion in Alleged Fraud (30 juin 2025). justice.gov
[4] CMS, NHE Fact Sheet (National Health Expenditure Data). cms.gov
[5] Fierce Healthcare, Projected healthcare services deal count to be lowest since 2017, PitchBook finds (19 août 2026). fiercehealthcare.com
[7] Bain, Healthcare Private Equity Market 2025: Resurgence and Record Growth (8 janv. 2026). bain.com
[8] GAO, Payment Integrity: Agencies’ Estimated Improper Payments Increased to $186 Billion in Fiscal Year 2025 (27 avril 2026). gao.gov
[9] DOJ, National Health Care Fraud Takedown Results in 455 Defendants Charged in Connection with Over $6.5 Billion in Alleged Fraud (23 juin 2026). justice.gov
[10] Autres sources consultées : Buyouts, graphique des levées 2021-2026, PitchBook (9 avril 2026), AHA (25 juin 2026), Health Affairs (24 juin 2026), Hospice News (15 mai 2026), NHCAA, The Challenge of Health Care Fraud, CMS (15 janv. 2026), Ballard Spahr (juillet 2026), 42 CFR § 405.372 (eCFR), Foley (avril 2026), Nixon Peabody (14 mai 2026), 31 U.S.C. § 3730 (Cornell LII), Reed Smith (mai 2026), DOJ (16 janv. 2024), Stateline (25 août 2026), PEI (27 août 2026), DREES (sept. 2025), Assurance Maladie, protocole biologie médicale (juillet 2023), Sénat (2024), L’Officiel des métiers (2025), ARS Nouvelle-Aquitaine, bilan des contrôles EHPAD 2022-2024, loi n° 2022-401 du 21 mars 2022 (Légifrance).
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