Étude France Invest 2026 : 10,7 % sur 10 ans, contre 14,5 % quatre éditions plus tôt
La 32e édition de l’étude France Invest / EY confirme l’avance du non-coté français sur le long terme. Elle documente aussi un cycle qui se durcit et des écarts entre fonds qui font toute la différence pour un investisseur privé.
📋 Sommaire
La 32e édition de l’étude France Invest / EY mesure la performance nette du capital-investissement français sur 1 417 fonds matures et 214,1 Md€ appelés depuis 1987. Le rendement de long terme reste solide : 10,8 % nets par an depuis l’origine, 10,7 % sur 10 ans, devant les grands indices actions comparés à flux équivalents. Mais le cycle se durcit, avec 4,8 % sur 3 ans et des millésimes récents encore largement non réalisés. Surtout, la moyenne masque des écarts considérables d’un fonds à l’autre. Notre décryptage pour qui investit en private equity, en direct ou via des fonds.
⚡ Les points essentiels
- Sur 10 ans (fin 2015 à fin 2025), le capital-investissement français rapporte 10,7 % nets par an, contre 9,5 % pour le CAC 40 et le MSCI Europe dividendes réinvestis, à flux d’investissement équivalents (méthode PME) [1]
- Le cycle se retourne : le TRI net sur 10 ans publié par l’étude perd 3,8 points en quatre éditions, de 14,5 % à fin 2021 à 10,7 % à fin 2025, et le repli touche les quatre horizons de calcul [1]
- Les écarts entre fonds se creusent : sur 10 ans, le quartile supérieur passe de 22,0 % à 24,5 % de TRI net moyen en un an, quand le quartile inférieur reste négatif, à -7,8 % [1]
Chiffres clés
Ce que révèle l’étude
Private equity ou Bourse sur 10 ans : 10,7 % contre 9,5 %
Le capital-investissement français a rapporté 10,7 % nets par an sur les dix années closes fin 2025, après frais de gestion et carried interest, contre 9,5 % pour le CAC 40 et le MSCI Europe dividendes réinvestis à flux d’investissement équivalents, selon la 32e édition de l’étude France Invest / EY publiée en juin 2026 [1]. L’écart atteint 1,2 point par an face aux grandes capitalisations, et se creuse face aux autres classes comparées, du CAC Mid&Small à l’immobilier d’entreprise, dont le graphique ci-dessous donne la hiérarchie complète [1].
La méthode compte autant que le résultat. France Invest et EY utilisent le Public Market Equivalent (PME) : le calcul réplique les appels et distributions réels des fonds dans chaque indice, comme si les mêmes montants avaient été investis et retirés aux mêmes dates. La comparaison neutralise donc l’effet du calendrier des flux, qui fausse les comparaisons naïves entre TRI et performance boursière annualisée. Les indices sont pris en version brute, dividendes réinvestis [1].
Une avance qui se maintient. L’écart sur les indices demeure alors que les marchés actions ont été porteurs sur la décennie, ce que l’étude souligne elle-même. Depuis l’origine (1987), le rendement s’établit à 10,8 % par an pour un multiple de 1,48x, dont 0,77x déjà distribué [1]. Sur 10 ans, le multiple atteint 1,41x, dont 0,60x distribué et 0,81x encore en portefeuille [1].
Non-coté français : le TRI sur 10 ans passe de 14,5 % à fin 2021 à 10,7 % à fin 2025
Le TRI net sur 10 ans du capital-investissement français décroche d’édition en édition : 14,5 % dans l’édition arrêtée à fin 2021, 10,7 % dans celle arrêtée à fin 2025, soit 3,8 points de moins en quatre éditions [1]. Le repli touche cette fois les quatre horizons de calcul : 10,8 % depuis l’origine contre 11,3 % un an plus tôt, 9,2 % sur 5 ans contre 10,6 %, 4,8 % sur 3 ans contre 5,6 % [1].
Le chiffre sur 3 ans appelle une précaution de lecture. Il ne mesure pas des fonds jeunes encore dans leur courbe en J : l’étude l’applique à l’ensemble de son échantillon de fonds matures, dont l’âge moyen pondéré par les capitaux atteint 8,5 ans, sur une fenêtre glissante allant de fin 2022 à fin 2025 [1]. Sur une période aussi courte, peu de cessions interviennent au regard de la valeur du portefeuille : le TRI y traduit d’abord la révision des valorisations estimatives, pas des flux encaissés. L’étude relie elle-même cet horizon à l’allongement des durées de détention et à l’ajustement de certaines valorisations. C’est donc un indicateur de cycle, à ne pas lire comme un rendement.
Ce que l’étude ne documente pas. Elle mesure la performance nette et sa dispersion, mais ne décompose jamais ce qui les produit : la contribution respective de l’effet de levier, des multiples de valorisation et de la croissance opérationnelle des participations n’y figure pas. Les seules explications avancées restent qualitatives, l’allongement des durées de détention, la transformation de la création de valeur dans les portefeuilles et l’ajustement de certaines valorisations [1]. Savoir d’où vient le rendement d’un fonds, et laquelle de ses composantes s’est affaiblie sur la période, suppose donc de sortir de cette étude.
Pour aller plus loin
L’étude France Invest mesure la performance du non-coté français sans en décomposer les moteurs. Nous traitons les causes et les conséquences de ces chiffres dans notre analyse de la création de valeur en private equity : la part qui revient encore aux multiples de valorisation et à l’effet de levier, et ce que leur recul au profit de la croissance opérationnelle change dans la sélection d’un fonds.
La lecture par millésime précise le diagnostic. Les fonds lancés entre 2011 et 2015 ont porté le marché, avec des TRI nets compris entre 13,98 % et 16,79 % pour un pic sur le millésime 2015 [1]. Les millésimes 2016 à 2023 s’inscrivent entre 6,50 % et 11,10 % [1]. Le point décisif se trouve dans la décomposition des multiples : sur les millésimes récents, l’essentiel de la valeur reste en portefeuille.
| Millésime | TRI net à fin 2025 | Multiple global (TVPI) | Dont déjà distribué (DPI) | Dont encore en portefeuille (RVPI) |
|---|---|---|---|---|
| 2015 | 16,79 % | 2,10x | 1,54x | 0,55x |
| 2016 | 9,17 % | 1,55x | 0,90x | 0,66x |
| 2017 | 11,10 % | 1,55x | 0,71x | 0,84x |
| 2018 | 9,20 % | 1,43x | 0,50x | 0,93x |
| 2019 | 9,93 % | 1,45x | 0,42x | 1,03x |
| 2020 | 10,08 % | 1,34x | 0,24x | 1,10x |
| 2021 | 8,50 % | 1,23x | 0,18x | 1,04x |
| 2022 | 8,27 % | 1,17x | 0,08x | 1,09x |
| 2023 | 6,50 % | 1,07x | 0,06x | 1,02x |
Source : France Invest / EY, performance nette à fin 2025, page 27. TRI net par millésime (année du premier investissement du fonds), capital-investissement français tous segments. Multiple global = distribué + valeur estimative du portefeuille.
Un fonds du millésime 2021 affiche 1,23x, mais seuls 0,18x ont été rendus aux souscripteurs ; pour 2023, la part distribuée tombe à 0,06x [1]. Le TRI d’un millésime jeune reste donc une valeur provisoire, assise sur des valorisations estimatives, et la courbe en J peut encore jouer dans les deux sens. Les investisseurs entrés au sommet du cycle 2021-2022 jugeront leur performance réelle à la liquidation, pas avant.
Écarts entre fonds : le quartile supérieur passe de 22,0 à 24,5 % en un an
L’écart entre les fonds français les plus performants et les moins performants s’est creusé en un an : sur dix ans, le quartile supérieur sert désormais 24,5 % nets par an en moyenne contre 22,0 % dans l’édition arrêtée à fin 2024, quand le quartile inférieur reste destructeur de valeur, à -7,8 % contre -7,6 % [1]. Soit 32,3 points d’écart annuel entre le haut et le bas du classement.
- La médiane progresse elle aussi sur cette période, à 7,5 % nets par an à fin 2025 contre 6,9 % un an plus tôt [1], mais moins vite que le quartile supérieur : c’est le haut de la distribution qui tire l’élargissement
- Depuis l’origine, la moyenne pondérée par les capitaux ressort à 10,8 % quand la médiane par véhicule s’établit à 6,9 % [1], écart structurel entre une mesure tirée par les gros fonds et le fonds du milieu
- Toujours depuis l’origine, le quartile supérieur des capitaux affiche un TRI moyen de 22,9 % et un multiple moyen de 2,3x [1]
- À l’autre bout, 14 % des capitaux restent logés dans des fonds qui rendent moins que la mise, avec un multiple inférieur à 1,0x [1]
Composé sur une décennie, ce grand écart sépare une perte substantielle d’un capital multiplié plusieurs fois. Le rendement moyen du marché ne préjuge donc en rien du rendement d’un portefeuille en particulier.
La conséquence opérationnelle est directe : dans le non-coté français, le choix du gérant et du fonds pèse davantage sur le résultat final que l’exposition à la classe d’actifs elle-même. Un accès « moyen » au private equity n’existe d’ailleurs pas vraiment pour un particulier, qui détient in fine quelques fonds, pas le marché entier. C’est ce qui explique la pratique des investisseurs institutionnels : répartir les engagements entre plusieurs gérants, millésimes et stratégies.
Quel segment performe le mieux ? Capital-transmission 13,3 %, venture 5,6 %
Le capital-transmission domine la performance du capital-investissement français avec 13,3 % de TRI net depuis l’origine et 13,1 % sur 10 ans, loin devant le venture et growth à 5,6 %, et il concentre à lui seul 51,7 % des capitaux appelés par les fonds de l’étude depuis 1987 [1]. Soit 110 679 M€ sur 214 108 M€, pour 528 fonds : la performance du marché français est d’abord une performance du buyout [1].
| Segment | TRI net depuis l’origine | TRI net sur 10 ans | Nombre de fonds | Part des capitaux appelés |
|---|---|---|---|---|
| Capital-transmission | 13,3 % | 13,1 % | 528 | 51,7 % |
| Infrastructure | 10,7 % | 10,2 % | 95 | 15,8 % |
| Capital-développement | 8,0 % | 9,2 % | 270 | 11,3 % |
| Véhicules mixtes | 7,2 % | 7,3 % | 149 | 6,1 % |
| Venture & growth | 5,6 % | 6,5 % | 375 | 15,1 % |
| Ensemble | 10,8 % | 10,7 % | 1 417 | 100 % |
Source : France Invest / EY, performance nette à fin 2025, pages 15 et 16. TRI nets à fin 2025 ; nombre de fonds et part des capitaux appelés depuis l’origine (calcul CMW à partir des montants publiés). L’échantillon du calcul sur 10 ans compte 1 293 fonds. L’infrastructure figure dans le périmètre de l’étude depuis l’édition 2020.
À l’autre bout du spectre, le venture & growth affiche 5,6 % depuis l’origine et 6,5 % sur 10 ans, après une phase de forte expansion suivie d’une correction des valorisations [1]. Le capital-développement (8,0 % depuis l’origine) et les véhicules mixtes (7,2 %) occupent le milieu du tableau, l’infrastructure ressortant à 10,7 % [1].
La taille des véhicules joue aussi. Les TRI s’étagent de 8,9 % à 13,7 % selon la taille des fonds, le haut de la fourchette revenant aux fonds de plus d’1 Md€, portés par une distribution de performances plus resserrée, avec moins de fonds en difficulté [1]. Dernier repère utile, les fonds liquidés des millésimes 2008 et suivants, seuls à offrir une performance intégralement réalisée : 14,6 % par an pour un multiple de 1,91x [1]. Le rendement complet d’un fonds se juge au terme, et les cuvées soldées récentes ont bien servi leurs souscripteurs.
Performances passées du private equity : trois précautions de lecture
Les performances publiées par France Invest à fin 2025 se lisent avec trois précautions : une valeur encore largement latente, un échantillon déclaratif malgré sa couverture, et des rendements nets des frais des fonds mais antérieurs aux frais du véhicule d’accès d’un particulier et à sa fiscalité.
- Un TRI net n’est pas un rendement encaissé. Depuis l’origine, 0,71x du multiple de 1,48x repose sur la valeur estimative des portefeuilles, soit près de la moitié, et la part latente devient dominante sur les millésimes récents, jusqu’à 1,02x sur 1,07x pour 2023 [1]. Ces valorisations sont déclarées par les sociétés de gestion et revues par EY, mais elles restent des estimations arrêtées à fin 2025, pas des distributions.
- L’échantillon est déclaratif et son périmètre bouge. Les données proviennent des membres de France Invest, collectées via l’European Data Cooperative et revues par EY, sans extrapolation des non-répondants [1]. La couverture est large, 200 sociétés de gestion représentant 88 % des levées et 76 % des montants investis en 2025 [1], mais la participation reste volontaire, ce qui peut avantager les acteurs installés. Le périmètre a par ailleurs évolué, l’infrastructure ayant été intégrée au calcul et les FIP/FCPI exclus depuis l’édition 2020 [1] : les comparaisons entre éditions successives se lisent à périmètre légèrement mouvant.
- Les frais d’accès et la fiscalité ne sont pas déduits. Ces rendements sont nets des frais des fonds (gestion et carried interest), mais avant les frais du véhicule d’accès d’un particulier (unités de compte d’assurance-vie, fonds de fonds, plateformes) et avant sa fiscalité. Le rendement net final d’un investisseur privé ressort donc en dessous des chiffres de l’étude, dans une proportion qui dépend du canal d’accès choisi.
Les données décrivent par ailleurs le passé : rien n’indique que la décennie qui s’ouvre répliquera la précédente.
🎯 En résumé
Mesurée sur 1 417 fonds matures, l’étude France Invest / EY confirme l’avance du capital-investissement français sur les marchés cotés à long terme, avec 10,7 % nets par an sur 10 ans contre 9,5 % pour le CAC 40 à flux équivalents, et documente un cycle exigeant : recul sur tous les horizons, millésimes récents presque entièrement latents. La moyenne ne dit rien du résultat d’un investisseur donné : sur dix ans, entre un quartile inférieur à -7,8 % par an et un quartile supérieur passé de 22,0 % à 24,5 % en un an, la sélection des fonds fait l’essentiel du rendement final. Cette édition se lit donc pour ses écarts plus que pour sa moyenne, et en gardant en tête que les chiffres s’entendent avant frais d’accès et fiscalité du souscripteur.
Sources
[1] France Invest / EY, Performance nette des acteurs français du capital-investissement à fin 2025, 32e édition, données de 1 417 véhicules matures français (créés entre 1987 et 2023, hors FIP/FCPI) déclarées par 200 sociétés de gestion via l’European Data Cooperative et revues par EY (juin 2026). Consulter l’étude ↗
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